Des-espoir (Suite)

Baldessari : Bird (1962)Je parlais, dans ma chronique précédente, de premières œuvres et de ce qu’il en était advenu, quand je lis dans « Le Monde » un article sur John Baldessari (Américain né en 1931) qui a brûlé l’ensemble de ses tableaux, pour se reconvertir dans la photographie. Il explique son geste par cette simple phrase :
« pourquoi dois-je donc faire des peintures ? Pourquoi ne pas montrer tout simplement des photographies, puisqu’il s’agit toujours d’images ? »
Je ne pense pas une seconde qu’il donne la vraie raison de son acte : Il a quand même pris la peine de garder les cendres des œuvres brûlées, qu’il expose en tant qu’œuvre.
Sa sœur avait par hasard gardé deux de ses œuvres retrouvées beaucoup plus tard, (Bird, ce canard, est l’une des deux rescapées) et exposées dans son exposition de photagraphies à Nîmes.
La question reste donc posée, pourquoi détruire ses premières œuvres ?
J’ai pour ma part une réponse à cette question : hélas à la différence d’un gâteau c’est quelque chose qui ne se partage pas.

4 Comments

  1. détruire pour avancer?cette explication serait quelque peu aisée a fournir mais elle n’en est pas initeressante pour autant. en effet, cela concernerait alors une revolution personnelle dans sa propre relation vis a vis de l’art, ce qui peut tout a fait etre concevable. le besoin de repartir de rien pour arriver a un tout nécessite donc une réelle volonté qui debouche sur une decision fort importante. mais la première explication, celle de ne pas vouloir partager ses créations, est aussi concevable ; le peintre réelement pris par son art connaitra une passion destructrice totalement déraisonnable pour ses créations (termes a connotation divine) qu’il pourrait considérer comme appartenant a lui seul.
    par ailleurs, le fait de garder les cendres est tout a fait compréhensible. après avoir détruit quelquechose auquel on tenait plus que tout, il est concevable de vouloir garder son souvenir. mais il est vrai que le fait d’exposer ces cendres relve d’une autre démarche. ce n’est qu’une hypothèse, mais cela pourrait servir de thérapie, pour complètement effacer ces souvenirs, rendre public son désir de révolutionner son art.
    c’est pourquoi, non sans quelques hésitations, je réserve une part du gateau.
    salutations obèses

  2. je réagis au commentaire ci dessus notamment à “c’est un peu difficile de nos jours de travailler humblement pour un artiste???? Il suffit simplement de zoomer sur la distance qui sépare le vu, le ressenti qui sont d’ailleurs légèrement amalgamables et le réalisé. Et alors l’humilité est naturelle. D’ailleurs plus on avance dans la technique au service de la création artistique, plus l’humilité s’impose simplement parce que c’est une question qui ne se pose même plus. Alors là aussi on sait qu’on peut détruire pour se propulser ailleurs, autrement, parce que quand on détruit c’est de la lucidité, soit de la révolte et tout ça est du matériau pour avancer.

  3. Je peins, et il m’arrive de détruire mes travaux, parce que j’estime qu’ils ne sont pas dignes d’être montrés, Fierté? Exigence? Autodestruction? Je ne pense pas qu’il s’agisse nécessairement d’une “partie de moi-même”, justement. Mais d’errances, d’égarements, de recherches, de morceaux inaboutis, d’études. Je ne suis pas Picasso, qui avait pour manière de ne rien jeter et de l’ériger en principe. C’est un peu difficile de nos jours, de travailler humblement, pour un artiste. De ne pas se dire que chaque mouvement de notre petit doigt est digne d’être érigé en œuvre immortelle, la star’ac de l’art. On confond œuvre et artiste, moi je préfère les œuvres. Qu’un artiste génial soit un imbécile prétentieux ne me gène pas pourvu qu’il nous secoue par son travail. Que monsieur Baldessari détruise sa peinture est peut-être un cadeau qu’il nous a fait finallement. Qu’il en expose les cendres est par contre un aveux d’échec. (comme Duchamp d’allieurs, qui clamait comme beaucoup ensuite, que la peinture était morte. De quoi ont-ils peurs, à s’acharner ainsi sur la peinture, en définitive, sinon de se voir en peintres ratés, comme si, faute de pouvoir l’atteindre, ils souhaite la voir mourir, comme des amoureux éconduits?).

  4. Que Baldessari ait voulu se débarasser d’une partie de lui même en brûlant ses toiles : qui n’a pas songé un seul moment à le faire ?Artistes ou non : un grand nombre de gens possèdent un grand nombre de choses ( lettres , photos etc ) qui leur collent tant à la peau qu’ils ne font plus ou presque la différence entre la peau symbolique et leur épiderme.
    Passez leur une allumette enflammée sous les pieds : la mémoire leur revient illico.
    Le problème n’est donc pas tant de brûler son oeuvre.
    Pas plus que d’en disséminer les cendres dans un jardin du souvenir ou de les conserver pieusement dans une urne sur le buffet de la salle à manger ou dans l’armoire normande de la chambre à coucher.
    Le problème c’est celui ci : Voilà que les cendres d’une oeuvre en devenir FONT OEUVRE. D’ART. ET S’EXPOSENT en tant que telles.

    ce genre de choses, tellement communes et convenues qu’elles ne relèvent plus d’un nouvel académisme mais de la norme la plus moite et lovemepleaselovemiste : ça donne des indigestions.

    Voilà pourquoi je refuse ma part du gateau.

    amications anorexiques
    dB

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