Sur le Chemin de Damas j’ai rencontré Brice

Pêle-Mail découvrant Brice de NiceLes critiques de cinéma sont pour une fois unanimes et assassines: Brice de Nice est un film désolant : comédie indigeste, film le plus désolant tourné depuis longtemps….
Mais surprise : Brice de Nice totalise depuis sa sortie 4 300 000 d’entrées, soit plus que « Million Dollar Baby » de Clint Eastwood. Et je ne serais pas surpris que vous, qui lisez cette chronique, vous ayez (comme moi) aimé le film de Clint Eastwood, et vous ayez évité Brice de Nice (tout comme moi).
J’avais vu quelques images de Brice de Nice, et je n’avais pas eu besoin de lire les critiques pour ne pas aller le voir. Un film où l’on voit un « Jeune » casser du bourgeois ne me tentait pas.
Comment est-ce possible qu’un film nul fasse autant d’entrées ?
Réponse : Il faut allerle voir ou regarder le DVD qui vient de sortir pour commencer à comprendre.
J’ai donc regardé le DVD en entier, avec un « jeune de banlieue ».A la fin du film je lui ai demandé ce qu’il pensait du film, « il faut aller au bout de ses rêves » m’a-t-il répondu. Et j’ai trouvé son analyse fort pertinente, le film n’est pas un bon film, mais ce n’est pas du tout le film que vous craigniez.
Nous parlons de manière savante de la « Fracture sociale », mais que dire de la « Fracture culturelle » que nous sommes en train de creuser tranquillement. J’ai demandé à un groupe d’enseignants en zone difficile s’ils avaient vu le film, un seul l’avait vu.
Au lieu d’essayer de comprendre quels sont ses 4 300 000 de spectateurs, et pourquoi ils ont aimé le film, nous sommes tranquillement passés à côté d’un phénomène de société.
Si nous voulons combler cette fracture sociale que nous, les bourgeois, sommes en train de creuser, il est grand temps de nous demander quelles sont les valeurs qui « branchent » ces mystérieux 4 300 000 spectateurs.

Remerciements:
A Michelangelo qui a peint “La Conversion de saint Paul sur le chemin de Damas” sur un mur de la chapelle Pauline au Vatican
A Thomas qui m’a fait découvrir ce que représentait Brice de Nice pour lui

3 Comments

  1. Je reste persuadé pour ma part qu’on peut trouver du plaisir dans la compagnie de Pascal Quignard comme dans celle de Jean Dujardin.Je ne sais pas ce que “vaut” Brice de nice -pas vu- mais j’étais accro-chaud (eh oui ) de chouchou et loulou ( !!!!eh oui eh oui !!!) et en plus j’ai pas honte, le revendique et le conseille.C’est, en tous les cas, moins nocif poncif poussif que Catherine Millet
    La fracture sociale elle est dans le poignet des peintres qui ont si longtemps diffusé ce que le Vatican leur infusait : “le Christ ne riait pas.” Tu parles.Depuis les peintres ont appris à rire et à faire rire . Quelquefois à leurs dépens, O.K…mais, bon…
    La fracture sociale , elle n’est pas dans des cultures non-partagées . Je ne vois pas pourquoi il faudrait tout partager..Elle est dans le mépris . Uniquement dans le mépris. Et dieu sait que ça : on sait faire.

    amications àbientottes

    dB

  2. Je trouve votre analyse très intéressante.
    N’ayant pas vu le film, je ne suis pas certaine de mon interprétation de la réaction de ce jeune mais je suppose qu’il exprime en fait la raison pour laquelle le film lui a plu.
    Je suis moins d’accord toutefois quand vous dites que nous (les “bourgeois”) sommes responsables du fait que la fracture sociale et culturelle se creuse en ne comprenant pas les “valeurs” des spectateurs de ce film.
    On peut déjà le comprendre depuis longtemps en analysant chaque jour les scores des émissions de télévision, en particulier chez ceux qui possèdent le câble puisqu’il y a vraiment un grand choix. Combien ont regardé ce soir LCP ou Mezzo ?
    On considère généralement que c’est la télé (en particulier TF1) qui “abrutit” les gens, alors qu’elle ne fait que révéler (et peut-être même empêcher d’exploser) cette fracture culturelle.
    Et le problème est que ce n’est pas qu’une question de milieu socio-culturel d’origine ou d’éducation : certaines peronnes de milieu très modeste ont une démarche culturelle et d’autres de milieux aisés s’en moquent éperdument !
    En tout cas, pour ma part, entre Woody allen et Jean Dujardin, je n’hésite pas une seule seconde !

  3. Je rentre juste du cinéma où je suis allé voir “Match Point” de Woody Alen, en lisant cette chronique, je me demande finalement qui de Woody Alen ou de Jean Dujardin a le sens des valeurs (comme dirait Jacques Brel)

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